Monique Devez Vallienne Auteur

Journal en ligne indépendant

Monique Devez Vallienne, Auteur

La Nature pour rêver, le Bonheur au bout du chemin. 

Nouveauté 2021 !

Jo, héros du roman

Un Cri dans les Roseaux

 

   


 Nous sommes en 1980, un mois après la rentrée scolaire de septembre. Je suis professeur dans un collège.

 La récréation, les élèves dans la cour que je traverse. 

 Je suis surprise : c'est un de mes élèves, là-bas, dans le renforcement de la cour, appuyé dans l'angle du mur ?

 Si c'est celui auquel je pense, il va falloir que je sois persuasive : est-il atteint de mutisme ? Il ne prend jamais   la  parole en classe, il semble d'une timidité extrême, ou triste à en mourir.
 Pourquoi est-il seul, là-bas, dans son recoin ?

 

 

 

 

 

 


 Je veux savoir, mais je ne dois pas le brusquer. Il n'y a personne près de lui. Peut-être qu'à moi seule, il  parlerait !  A-t-il subi un traumatisme ? Où il est, aucun autre élève ne peut l'entendre. Je me décide. Je m'approche et essaie de prendre ma voix la plus douce :
 – Ça va, Joseph ? Tu ne joues pas ? 
Une moue sur le visage, le rouge qui lui monte aux joues. Pas de réponse! Le mutisme, le mal-être, l'agitation de son corps, comme s'il voulait s'enfoncer dans l'angle pour se soustraire à mon questionnement.
Je le regarde, je me rends compte de sa maigreur.
– Il ne faut pas rester seul. Tu ne vas pas avec tes camarades ?
Nouvel essai pour se réfugier derrière le mur.
- Tu pourrais quitter ce coin, aller jouer avec les autres, te faire des copains ?
Mutisme encore ! Il n'a pas réagi différemment.
Le silence, le désir évident de rester plaqué au mur puisqu'il n'a pas la capacité de le traverser pour se  cacher  derrière.

La sonnerie retentit. J'ai cours avec sa classe dans une heure.
– Il faut que j'aille chercher les troisièmes. À tout à l'heure, dis-je avant de partir. 
Il avale sa salive. Silence !

 

 

 

Arrive l'heure de son cours, je sais qu'il est seul à une table, personne ne s'est assis avec lui.

Ils sont en sixième, certains se connaissaient avant d'y arriver. Mais manifestement, lui est le seul de son  école primaire dans cette classe.

Je pense à ce gamin, le soir. La timidité, le mal-être, aucune participation.

Dans le coin, oublié des autres et dans la détresse.

Le lendemain je l'observe. Il est toujours pareil.

L'inacceptable douleur d'un gosse !

Je suis triste pour lui, il a passé un mois déjà ainsi ignoré de tous, dans la solitude. Je souhaite rencontrer la famille. Le troisième jour, après le cours des sixièmes, je lui demande de rester.
– Tu sais, Joseph, je m'inquiète un peu pour toi. J'aimerais bien voir tes parents. Tu le leur diras. Ils viendront me voir ?
Tout bas, presque sans voix, il articule ces quelques mots :
– Pas mes parents !
Sur son visage, la tristesse. 
– Quelqu'un d'autre ?
– Je sais pas.

C'est seulement en présence de l'adulte - qui vient me voir parce que je l'ai convoqué - que je comprends le pourquoi et le comment, le secret de ses silences, le mutisme, le traumatisme.

 


                                                                 


   

Cette histoire me hantait. J'ai eu envie de l'écrire, de redonner la joie de vivre à cet enfant. Il a été pris en charge par la médecine, il a réussi par la suite à se faire quelques copains.
Ma prise en charge à moi, dans le roman, est bien différente : j'ai voulu en faire une histoire d'amour, une histoire de relation forte entre Joseph et la personne que j'avais rencontrée. Car j'ai tout de suite vu que cette personne avait été réellement très importante dans l'évolution du garçon.

 


L'amélioration des situations dramatiques est un thème qui m'est cher. 

En particulier chez les enfants.

Mais la transposer à une autre époque me permettait d'avoir un intérêt différent, un intérêt pour l'histoire de la médecine.

Après avoir fait des recherches à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, j'ai décidé de situer le roman dans les années 1870 à 1885.     

On entre alors à la fin du XIX° siècle, dans le monde d'une médecine encore peu spécialisée et peu informée  sur le problème de Joseph. Placer cet enfant dans un contexte où la médecine est impuissante permet un  enrichissement pour l'histoire.

Consciente de la façon dont ce mal peut se traiter aujourd'hui, j'ai pu faire en sorte qu'il reçoive ces soins, mais par quelqu'un qui est plus habitué à la vie rude qu'aux apitoiements. Et qui, du même coup, évolue lui  aussi.

 

 

 

 


D'autre part, Joseph habitait dans un village non loin de la ville où j'enseignais à l'époque. J'ai voulu que cette histoire se passe dans un village qui m'est cher, car il a abrité ma famille paternelle. J'y ai vécu de très bons moments dans mon enfance et je pense en donner l'atmosphère qui régnait dans la maison familiale.

Ce village a un passé intéressant : il a connu une histoire mouvementée et est riche d'un patrimoine multiséculaire.
En outre, ce village se situe dans une région avec une forte identité agricole, la Châtaigneraie Cantalienne, que vous découvrirez au fil des pages.

 

 

 

                           

 

 

 

Un enfant a besoin de savoir la vérité en toutes circonstances : bien sûr, il faut adapter le dialogue et les explications à son âge. Pour cela on peut se renseigner auprès de spécialistes.

 


                       

Avec notre force de vie et d'amour, avec une volonté à toute épreuve, on peut parvenir à tirer un enfant d'une grande détresse.