Monique Devez Vallienne Auteur

Journal en ligne indépendant

Monique Devez Vallienne, Auteur

La Nature pour rêver, le Bonheur au bout du chemin. 

Marie, l'héroïne de l'Enfant du Cachot

Nous sommes assises  côte à côte, elle et moi, lors d'une journée de dédicace à dix minutes de là où elle habite. Elle a bien une dizaine d'années de plus que moi. Nous nous mettons à discuter toutes les 2, un moment où il n’y a pas de public.

 
Elle me semble grande. J’ai l'impression que, debout, elle est vraiment très grande et très mince. Avec quelque chose de falsifié ou d’artificiel, dans cette minceur.


Son visage est marqué par une souffrance. Laquelle ? 


Bien sûr, je ne pose pas de question, cela ne me regarde pas. Au fur et à mesure que la journée passe, dans les moments où il n'y a pas de public, nous faisons plus ample connaissance. Elle est sympathique et agréable, même s'il y a quelque chose dans son visage qui me laisse penser qu’elle a dû subir une grande épreuve, au moins à une période de sa vie.


Elle vend des poèmes. Séparément les uns des autres. Ou alors en recueils très courts, qui se fabriquent, dit-elle, au fur et à mesure que l’inspiration arrive. Il y en a une multitude. Tous traitent de la vie, des souffrances, des épreuves, des enfants en difficulté, surtout de l'espoir qu'il faut trouver dans tous moments difficiles. 


« Amour, espoir, paix ! », clame-t-elle. Avec un slogan comme celui-là, elle a quelque chose à se prouver à elle-même, c’est sûr ! 

Nous avons beaucoup parlé, au fil des heures. Je me sens assez proche d'elle : peut-être y a-t-il eu chez moi des moments semblables aux siens ? Je ne sais pas. J'ai également lu quelques-uns de ses poèmes, elle a feuilleté et lu des passages de mon roman Les Prisons de Catherine. Nous parlons l'une et l'autre de nos écrits, de nos aventures d'auteur, des raisons pour lesquelles nous écrivons ce que nous écrivons. Je lui livre le secret de ce premier roman que j'ai écrit, Les Prisons de Catherine. Elle me livre les secrets de ses poèmes : comment elle en est venue à les écrire, pour se libérer un peu de ses souffrances d'enfant presque martyre.
 
C'est une journée enrichissante pour chacune de nous. Mon livre Les Prisons de Catherine a l’air de l'intéresser, je le lui offre en lui disant que peut-être, elle trouvera, comme mon héroïne, le bonheur là où elle ne l'attend pas.

 


Souffrances de petite fille, puis souffrances de femme.

 

 

Nous continuons à parler, elle m’offre trois recueils de poésie, je suis touchée, profondément. C'est bientôt la fin du salon du livre auquel nous venons de participer. Nous sommes toutes deux contentes de nos échanges, de notre amitié naissante. 

 

Nous sommes toujours très bien reçus, les auteurs, en dédicace lors de fêtes du livre. Avant que nous quittions le lieu, les organisateurs nous offrent un café avec mini croissant ou un mini pain au chocolat. 


Nous sommes ensemble près d’un comptoir, notre gobelet chaud à la main. Debout à côté de moi, Marie est bien plus grande et très maigre. Maigreur que j’ai tenté de comprendre tout le jour et qui me touche beaucoup. Je ne dis rien.

 

La communication passe vraiment entre nous. Soudain, elle lance : « je sais, tu me trouves maigre. Je suis anorexique depuis toujours. » De là, elle me raconte son enfance, ses souffrances de petite-fille et les événements les plus éprouvants de sa vie. Elle termine en me disant : « j'aimerais que tu écrives mon histoire. »

 

 

 

 

 


Je suis profondément émue par tout ce qu'elle vient de me raconter. Je ne sais pas si je serais capable d'écrire cela. Comprenant que j'hésite, elle me dit : « Mais tu n'es pas obligée de me donner une réponse tout de suite, tu peux attendre quelque temps, je te laisse réfléchir. » 


Je n'aime pas laisser les gens dans l'attente longtemps donc je lui propose de lui donner une réponse trois semaines plus tard, ce qu’elle accepte.

 

Nous nous séparons, chacune avec les livres offerts. Et les numéros de téléphone pour pouvoir nous joindre mutuellement. Une quinzaine de jours plus tard, je lui téléphone en lui disant que je suis d'accord pour écrire ce roman, même si je sais que cela sera forcément difficile, car très émouvant. Marie semble touchée et heureuse. Nous prenons rendez-vous : j’irai chez elle passer un après-midi : elle me racontera tout dans le menu détail et me donnera toute précision utile.

 

 

 

 

 

 

Chose décidée, chose réalisée.

 


Cet après-midi que je passe chez elle m’apprend beaucoup de choses sur la vie, sur sa vie, sur ses souffrances, sur cette résilience qu'il y a en elle malgré tout.

 

Elle n'a pas de haine, pas de rancœur, simplement la marque sur son visage et la maigreur.

Toute sa vie a été modifiée par ce qu'elle a vécu petite : elle n'a jamais mangé normalement, par exemple. 

 


Douze mois plus tard, le roman est sorti : L'Enfant du Cachot, titre imposé par mon éditeur de l'époque. Ce n'est pas celui que Marie voulait. J'aurais aimé que ce livre la rende encore plus heureuse. Lorsqu'elle l’a lu, elle m'a dit que ce livre lui faisait du bien quand même.

 


Aujourd'hui, elle vit seule, elle a cependant de nombreux contacts par Internet avec des personnes qui ont souffert aussi, et à qui elle apporte un grand réconfort, via une correspondance à laquelle elle s’adonne nuitamment, avant "d'aller aux étoiles", dit-elle.


Aujourd’hui, elle continue  à écrire  des poèmes aussi. La plupart du temps pour ses proches. Elle ne publie plus beaucoup de livres et elle ne fait plus de salon ni de dédicace.

 

               

Vous trouverez l’histoire de Marie dans mon livre témoignage L’Enfant du Cachot.